Que se passe-t-il dans le cerveau d’une personne à Haut Potentiel ?

Le cerveau fonctionne-t-il de la même façon que chez les personnes dites « neuro-typiques » ? Toutes les personnes à Haut Potentiel sont-elles similaires ?

Nous allons voir dans cet article qu’il n’y a pas qu’un « archétype » de personne ayant un Haut Potentiel.

Vous allez pouvoir aller plus loin dans la compréhension de vous-même, de vos spécificités. Vous allez comprendre les différences de résultats dans les fameux tests de QI, et pourquoi il est primordial d’aller plus loin que le résultat.

En 2018, une étude passionnante en imagerie médicale a été menée par Olivier REVEL, Fanny NUSBAUM et Dominic SAPPEY-MARINIER sur le cerveau d’enfants de 8 à 12 ans. L’étude porte sur des enfants, mais l’adulte surdoué fonctionne de la même façon.

Ces trois scientifiques ont publié un livre dans lequel ils proposent un nouveau terme pour désigner les enfants surdoués : les « philo-cognitifs ». Dans cet ouvrage intitulé « Les philo-cognitifs : ils n’aiment que penser et penser autrement », ils expliquent ce nouveau terme et les résultats de leur étude.

Olivier REVOL est pédopsychiatre et dirige le service des troubles des apprentissages à l’hôpital neurologique de Lyon.

Fanny NUSBAUM est docteur en psychologie et chercheuse en psychologie et neurosciences à l’Université de Lyon. Elle est fondatrice et dirigeante du Centre PSYRENE (PSYchologie, REcherche & NEurosciences), spécialisé dans l’évaluation, le diagnostic et le développement de potentiels.

Dominic SAPPEY-MARIGNER est enseignant-chercheur en biophysique, imagerie médicale et neurosciences. Il travaille à la Faculté de médecine de Lyon.

1/ L’information circule plus vite et plus efficacement

L’imagerie médicale démontre clairement que les enfants à « haut potentiel » présentent une connectivité cérébrale bien plus importante que les enfants au QI standard dans plusieurs régions cérébrales comme le corps calleux qui relie les deux hémisphères (photo de gauche) et dans différents faisceaux intra-hémisphériques (photo de droite). Donc, le transfert d’information est plus rapide au sein d’un même hémisphère mais aussi d’un hémisphère à l’autre, et peut atteindre 3,5 mètres par seconde contre seulement 2 mètres par seconde chez les personnes d’intelligence normale.

2/ trois caractéristiques présentes chez toutes les personnes à Haut Potentiel

Trois caractéristiques présentes chez tous les surdoués, ou philo-cognitifs selon ses auteurs, permettent également de repérer un haut potentiel : l’hyper-spéculation, l’hyperacuité, et l’hyper-latence.

Un haut potentiel est avéré si le QI atteint ou dépasse 130 ou si l’un des deux indices de raisonnement (compréhension verbale, ICV, ou indice de raisonnement non-verbal IRF/IRP) atteint 130. Si la personne est fatiguée, à des difficultés de mémorisation suite à un burn-out par exemple, ou stressée à l’idée de passer les tests et de ne pas obtenir des résultats à la hauteur de ses attentes, ou si elle cumule un haut potentiel avec un trouble d’apprentissage, ou un trouble de déficit d’attention, les résultats risquent d’être altérés, et faussés. On parle alors de « faux-négatif ». Pour attester d’un haut potentiel, il faut donc également que le psychologues tienne compte du contexte et du profil de la personne, et pas seulement des scores obtenus au test de QI.

Lors de la passation des tests, et en échangeant avec la personne, le psychologue doit retrouver :

1- L’hyper-spéculation

L’hyper-spéculation désigne le besoin de pousser plus loin le raisonnement, d’extrapoler, de rechercher le détail, de réfléchir sur des choses qui paraissent évidentes pour les autres et de les remettre en question. La personne à Haut Potentiel aime se creuser la tête et se poser mille questions. C’est un besoin presque vital qui a, entre autre, pour but de se rassurer, de contrôler l’environnement et la peur, par anticipation, planification, rationalisation… Analyser et se poser tant de questions est aussi une quête de sens, car la personne à haut potentiel a besoin que les choses aient un sens.

    2- L’hyper-acuité

    L’hyperacuité est une sorte de radar. Elle correspond à l’hypersensibilité émotionnelle et sensorielle. Le système de saillance, qui veille pour nous avertir du moindre danger, est plus en alerte chez les personnes à haut potentiel, sur le plan cognitif, émotionnel et sensoriel. Les surdoués captent énormément de choses, ce qui peut littéralement les épuiser.

    On parle aussi d’hyperesthésie, qui est une sensibilité exacerbée des sens qui fait ressentir les stimuli extérieurs plus fortement, qui peut agresser la personnes à haut potentiel : les bruits, les odeurs, les contacts visuels (non-verbaux) ou tactiles, la lumière…

    3- L’hyper-latence

    L’hyper-latence consiste à se déconcentrer, à avoir la pensée qui part dans tous les sens. Une personne à haut potentiel utilise souvent préférentiellement l’hémisphère droit responsable du traitement simultané, global qui induit une pensée divergente, c’est-à-dire qui part dans différentes directions, ce implique de chercher dans toutes les directions pour résoudre un problème, ce qui génère une perte de temps, voire d’efficacité. Cela occasionne aussi de la distractibilité, car la pensée est entraînée vers d’autres idées souvent bien éloignées du sujet principal, ce qui nuit à la concentration et à la performance. C’est une sorte de boucle cognitive, un réassemblage permanent des pensées.

    L’hémisphère gauche est quant à lui le siège du traitement séquentiel, analytique, et qui permet de suivre une méthode. Le traitement séquentiel demande en outre de l’attention et du temps, ce qui n’incite pas les personnes surdouées, naturellement impatientes, à le développer.

    A noter que la pensée divergente est propice à la créativité, mais n’est pas toujours adaptée pour réfléchir : un problème simple peut devenir compliqué pour une personne à haut potentiel qui va chercher toutes les façons de l’appréhender au lieu de suivre une procédure simple et efficace. C’est pourquoi il lui est souvent plus facile de répondre à une question difficile qu’à une question trop facile : elle a du mal à concevoir que ce soit si facile et cherche où est le piège.

    Je vous donne un exemple vécu. A la question « quelle est le point commun entre un chien et un chat ? »,  j’ai répondu « deux quadripèdes domestiques à poils », et la réponse attendue par le psychologue était « ce sont deux animaux ». Une évidence, trop évidente pour que je puisse répondre cela, avec une arrière-pensée « cette réponse attendue n’a aucun intérêt, aucune stimulation intellectuelle », et je cherchais un piège où il n’y en avait pas.

    En résumé, les personnes à Haut Potentiel présentent des caractéristiques communes :

      • Une hypersensibilité, qui peut les épuiser
      • Une rapidité de traitement de l’information
      • Un hypercontrôle, car ils sont angoissés et pensent beaucoup. Le contrôle permet de se rassurer.
      • Des pensées obsédantes.

    Et comme le rappelle Dominic SAPPEY-MARIGNER, d’autres caractéristiques différencient toutes les personnes à Haut Potentiel, comme le profil de personnalité, la voie d’expression (création, langage…), et le type de Haut Potentiel (complexe ou laminaire).

     

    3/ Profil Laminaire / Profil Complexe

    Fanny NUSBAUM avait déjà proposé les deux profils Complexe et Laminaire. Les deux sont des profils de personnes à Haut Potentiel, c’est-à-dire qu’ils présentent des capacités intellectuelles de haut niveau.

    Profil Complexe

    Le profil Complexe présente des capacités plutôt hétérogènes. Il est plus créatif, plus visionnaire grâce à sa grande imagination et son questionnement incessant, mais aussi plus sujet aux difficultés d’apprentissage et de relations sociales, ainsi qu’à la dyslexie ou la dyspraxie.

    Les philo-complexes ont très souvent un ICV (Indice de Compréhension Verbale, c’est-à-dire ce qui évalue l’intelligence verbale) plus élevé, car l’hémisphère gauche, dédié au langage, est mieux développé. Le langage du petit enfant philo-complexe est souvent très précoce.

    La sur-connectivité constatée chez le philo-complexe est surtout importante dans le cerveau gauche, celui qui traite le langage et le langage intérieur. Chez lui, c’est l’hémisphère gauche qui pilote les deux hémisphères. Il a une pensée très personnelle, car il est beaucoup dans ce langage intérieur très riche, qui est peu influencé par l’extérieur. Quand il a une idée et qu’il la confronte à l’extérieur, il ne cherche pas à infirmer son idée, mais recherche tout ce qui pourrait confirmer sa pensée. Il veut toujours avoir raison. Il est peu influençable et s’obstine.

    Cette prédominance se fait au détriment de l’hémisphère droit et notamment de capacités très importantes qui servent à contrôler nos inhibitions et nos impulsivités (au niveau du cortex pré-frontal dorso-latéral droit). Ces capacités de contrôle sont très importantes pour bien se comporter en société. Les différences comportementales entre les deux profils, laminaires et complexes, s’expliquent donc en partie par une différence de fonctionnement de leur cerveau.

    Leur moindre capacité à contrôler leurs inhibitions et leur impulsivité peut expliquer que les enfants philo-complexes aient plus de mal à intégrer les règles. Ils ont également un modèle interne très fort et rigide et ont du mal à concevoir que les autres voient les choses autrement. S’ils s’opposent, ce n’est pas par défiance par rapport à l’autorité ou pour embêter le monde, mais parce que leur vision est différente et qu’ils veulent défendre leur vision. Ils ne se rendent pas compte que leur vision est différente et provocatrice. Par exemple, certains ne peuvent pas comprendre que ce que dit un adulte a plus d’importance que ce que dit un enfant ni qu’un enfant doit obéir aux adultes.

    Ils n’ont pas la notion de la différence hiérarchique et trouvent normal de parler de la même façon à tout le monde, quel que soit le statut de leur interlocuteur. Ils acceptent mal l’autorité.

    Parfois également, ils ne peuvent pas intégrer certains apprentissages parce qu’ils ne peuvent pas percevoir une autre façon de penser que leur vision.

    L’hémisphère gauche est plutôt tourné vers l’intérieur et le modèle interne. L’hémisphère droit est plutôt tourné vers l’extérieur, c’est un évaluateur pour trier les données, pour évaluer les informations et décider lesquelles sont pertinentes. Pour apprendre de nouvelles connaissances, il faut admettre que d’anciennes connaissances n’étaient pas si justes que ça. Il faut inhiber ce que l’on sait pour acquérir de nouvelles connaissances. Les complexes ont un peu de mal à inhiber ce qu’ils savent et donc à acquérir de nouvelles connaissances.

    Le cortex pré-frontal est un peu moins performant chez les complexes. Ils contrôlent moins leur comportement et leurs émotions. De même, la planification et la gestion du temps leur posent souvent problème.

    Les amygdales cérébrales sont minuscules, mais très importantes. Elles gèrent les émotions et notamment la peur. Leur activité est un peu augmentée chez les personnes à haut potentiel et surtout chez les philo-complexes, ce qui explique leur hyperacuité.

    Les philo-cognitifs ont généralement plus de difficultés s’ils ont un profil complexe. Ils peuvent présenter des difficultés comportementales ou d’adaptation. Ils n’ont pas toujours les codes sociaux et se sentent incompris. Ils sont particulièrement sensibles et prennent trop les choses à cœur. Ils sont dans le tout ou rien, investissent à fond ce qui les intéressent et sont incapables de se mobiliser s’ils ne sont pas motivés. Ils n’entrent pas dans les cases, ne répondent pas à la demande scolaire ni sociale.

    En société, ils passent rarement inaperçus. Ils dérangent parfois, car ils ont une pensée atypique. Ils plaisent ou déplaisent, mais laissent rarement indifférent.

    Ils ont une grosse avidité émotionnelle, un grand besoin d’amour et d’attention, car depuis tous petits, ils ne se sentent pas à leur place, contrairement aux personnes à profil laminaire qui sont généralement appréciées et qui font consensus.

    Le philo-complexe a confiance en lui (pour défendre ses idées et s’imposer au monde), mais a souvent une mauvaise estime de soi, c’est-à-dire une faible capacité à se sentir valable, à se penser quelqu’un de bien.

    Le philo-complexe a tendance à être dans le collage émotionnel, dans la sympathie : il a du mal à se distancier de l’émotion de l’autre et se laisse envahir par cette émotion. Il est très affecté par ce que ressentent les autres et parfois plus fortement : si une personne a un souci, il est encore plus triste que cette personne. On est au-delà de l’empathie.

    Profil Laminaire

    Le profil Laminaire montre des capacités plutôt homogènes. Il est plus solide et adaptable, mais aussi plus sujet à l’anxiété de performance, au surmenage et à certaines addictions à partir de la fin de l’adolescence.

    Les philo-laminaires ont peu de troubles sociaux et émotionnels. Ils cherchent à créer un consensus social. Ils veulent que leurs proches se sentent bien et soient en sécurité. Ils agissent au service de la communauté et ne dérangent pas. Ils sont socialement adaptés, car leur dominance cérébrale est dans l’hémisphère droit, celui de l’adaptation et de l’ouverture au monde. Ils sont empathiques et répondent correctement à ce qu’on attend d’eux. Ils ne dérangent pas le système et le consolident. On a besoin d’eux.

    Leurs difficultés se voient moins. Elles portent sur l’émotion. Ils comprennent très bien l’émotion chez autrui, s’en servent pour que l’interaction sociale se passe bien, mais ils n’aiment pas l’émotion. Ils ont besoin de rationaliser, car leur cortex pré-frontal est très performant. Le philo-laminaire se protège des émotions et ne se laisse pas contaminer par l’émotion des autres. Il est dans l’empathie. Il sait se mettre à la place d’autrui, mais peut se distancier, contrairement au philo-complexe.

    Alors que le philo-complexe a un rapport compliqué aux émotions, sur un mode explosif et franc, le laminaire a un rapport qui paraît plus simple, mais qui peut également le faire souffrir. Il n’aime pas éprouver les émotions trop fortes. Il apprend à les inhiber (grâce à son cortex pré-frontal latéral droit qui est performant) et a tendance à remplacer ses émotions par des sensations (maux divers, douleurs). Il somatise facilement. Son fonctionnement émotionnel est plus adapté socialement, mais ne le rend pas forcément plus épanoui.

    Chez l’enfant à profil laminaire, le langage n’est pas forcément précoce, mais apparaît d’emblée correct, car c’est un observateur : il a besoin de temps pour intégrer les informations, mais ensuite, il est très performant.

    Une mixité des types ?

    Les profils laminaire et complexe ne sont que des dominantes. Il y a surtout de grandes similitudes entre les personnes à haut potentiel. De plus, les dominantes peuvent évoluer dans un sens ou dans l’autre en fonction des événements de la vie, et de l’évolution de la personnalité : un peu plus laminaire et moins complexe qu’avant ou l’inverse. En revanche, il semble impossible de passer complètement d’une dominante à l’autre.

    Les résultats de cette étude donnent une approche complémentaire passionnante, éclairée par les neurosciences, et qui montre une fois de plus qu’il n’existe pas un type de Haut Potentiel.

    Le neuro-atypisme est un spectre large dans lequel chacun va avoir un fonctionnement différent.

    Sources

    Capsule video de Dominic SAPPEY-MARIGNER : Cliquer ICI

    Interview de Fanny NUSBAUM : Cliquer ICI

    Ouvrage « Les philo-cognitifs : ils n’aiment que penser et penser autrement » : Cliquer ICI.

     

    N’oubliez pas que vous avez inconditionnellement de la valeur, et que les autres ont aussi inconditionnellement de la valeur. Je crois que nous sommes des êtres de relations, et que c’est dans la relations que l’on peut se réaliser. 

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    Gauthier FERRAND

    Gauthier FERRAND

    Coach en neurosciences motivationnelles et formateur Process Communication Model, Fondateur de Aile & Lui Potentiel

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